Le 26/10/2011 à 01:00, par

Nicolas


Tony Sheridan, un vagabond en France

Accueil > Le blog des Nouveaux Talents

Il a ressuscité le Swinging London et le blues américain au Divan du Monde. Un répertoire qui comprend Elvis, Berry, et toutes les influences américaines possibles et imaginables qui auront guidé toute une génération. Un show électrique, à l’ancienne, qui part souvent en improvisation et retombe toujours sur ses pattes. Tony Sheridan se confie…

Le rendez vous était fixé au Studio Bleu près de la gare de l’Est. C’est avec un humour so british que Tony Sheridan m’accueille, Les Paul à la main, en me demandant si j’ai fais bon voyage à Paris.

Pour ceux qui ne connaissent pas Tony Sheridan, c’est très simple. Il s’agit ni plus ni moins que du « cinquième » membre des Beatles, enfin jusqu’en 1962, date à laquelle il quitte le groupe. Voilà pour le topo ultra court.

Cinq décennies plus tard, pour fêter le cinquantenaire des premiers enregistrements des FourFabs, le guitariste revient sur l’épopée qu’il a vécue dans une Europe encore meurtrie par la guerre. Et je pèse mes mots, car au moment de lui demander ce qui l’a poussé à poser ses valises à Hambourg dans les ’60, mis à part le climat tropical et l’accueil plus que chaleureux des allemands de l’Est de l’époque, le voici qui me déblatère un discours de vétéran.


Je viens de Norwich à la base, c’était une ville très conservatrice, et il fallait en quelque sorte essayer d’oublier cette haine et passer à autre chose. J’ai grandis dans un monde où on m’avait appris à détester les allemands et les japonais, alors même que je n’en avais jamais vus auparavant ! Mais nous les jeunes à l’époque, on s’en foutait, on était dans le même bateau. Et puis, en venant à Hambourg, j’ai pas seulement fait connaissance avec les allemands, je leur ai aussi montré toute ma passion pour le rock n roll, ce fanatisme que je vouais à cette musique.

Il faut donc resituer les choses. A l’âge des premiers accords de guitare et des premières érections (et des premiers boutons pour les filles), une grosse décennie à peine vient de s’écouler depuis 1945.

Les histoires des parents, la guerre, Hitler… tout ça sentait vraiment mauvais et ne comptait pas pour la jeunesse qui était désireuse de tourner la page et d’oublier. Mais comment oublier le bruit des bombes qui inspira Jimmy Page sur son premier album ? Et d’ailleurs, est ce que tout ce vacarme et toute cette panique influencèrent des mecs comme Tony dans la création de leur musique ?


Moi ce qui m’a inspiré, c’est toute la musique américaine qui a débarqué chez nous. Pour dire, il y avait même plus de radios américaines que de radios anglaises pendant un moment ! Le blues, Glenn Miller, Sinatra, Elvis… j’ai écouté ça en boucle quand j’avais 5 ans. Et puis y’a eu le skiffle aussi, quand on commençait à s’intéresser aux filles, cette musique qui donnait envie de bouger et qui m’a persuadé de faire de la musique et de bouger de ce trou de Norwich où y’avait rien à faire.

Bien lui en a pris, la suite c’est cinquante ans à sillonner le monde et à jouer du blues rock, à faire des rencontres et à côtoyer les autres grands noms de la musique. Sans parler d’une autre facette plus secrète de la vie de Tony Sheridan.


J’ai travaillé sur une radio dans les ‘70, c’était une sorte de mission. Ne faire rien d’autre que du blues. Oui, « Blues on Tuesday » c’était un programme sur le blues uniquement, et la première émission radio allemande à diffuser ce style de musique. Rends toi bien compte qu’à l’époque, il y avait des allemands de l’Est qui écoutaient ce programme alors que c’était interdit. Dans les années ’80 la vie était devenue un peu moins stricte on va dire, et certaines personnes sont venues me voir pour me remercier d’avoir diffusé du blues sur les ondes.

Etonnant non ? Tout comme cette autre anecdote sur Paul McCartney qui date de 1961. A l’époque, Tony lui demande pourquoi il ne joue pas de la basse comme un contrebassiste mais comme un guitariste frustré. C’est à la suite de cette remarque limite, que Paul se mit à jouer comme un vrai contrebassiste, au point d’enregistrer quelques temps plus tard un titre à la basse pour… George Brown !

Il est l’heure de se quitter dans les studios bleus, et ma dernière question porte sur ses albums. Huit en tout, pour être exact, sans compter les collaborations avec d’autres artistes. Ce qui fait un ratio pas terrible. Son dernier opus Vagabond date de 2002, alors pourquoi ce mutisme ?


J’ai été malade après la sortie de Vagabond, j’ai même cru que j’allais mourir. Maintenant je me retrouve avec un grand répertoire, j’ai beaucoup de chansons en stock mais je n’ai pas l’ambition de sortir quoi que ce soit pour le moment. Je suis vagabond, je ne veux faire que de la musique et je pense que c’est ce genre d’attitude qu’on comprend beaucoup mieux en France que dans le reste du monde…

 
 

Réagissez : votre avis nous intéresse !

Lancez le débat ! Exprimez vos goûts ! Vos coups de gueule !








  Rechercher sur Click'N'Rock
  Publicité

  Google