Si il ne fallait retenir qu'une date dans toute la carrière de Téléphone, ça serait le 12 novembre 1976. C'est en ce jour d'automne que tout commence. Jean-Louis Aubert 21 ans et Richard Kolinka 22 ans, organisent un concert mais se rendent compte très rapidement qu'ils ne sont que deux et que c'est un problème. Ils font appel à Louis Bertignac 22 ans, guitariste de talent qui a joué avec Jacques Higelin dès 1975. Rencontré en 1970 lors d'un concert des Who, Bertignac répond favorablement à la demande de ses deux amis. Ca sera également le cas de Corine Marienneau 24 ans, bassiste du défunt Shakin' street dont Bertignac faisait partie en tant que second guitariste. C'est donc ce quatuor qui se retrouve au Centre Américain à Paris le 12 novembre 1976. Led Zepplin, les Stones et quelques reprises de groupes du genre, sont au programme de ce concert intime devant une centaine de privilégiés. Ces derniers ne savent pas encore qu'ils viennent d'assister au début d'une déferlante rock dans le paysage musical français. Pourtant, la machine est lancée ! Les quatres jeunes sont aux anges après ce concert. Ils ont senti une véritable alchimie ! Ils se sentent bien, répètent ensemble et décident de recruter François Ravard. C'est lui qui leur trouve des salles, des MJC, des partenaires... bref, il devient manager du groupe. Un nom est trouvé: Téléphone. Quelques mois plus tard, le groupe a déjà écrit et composé plusieurs titres. Il faut maintenant trouver un évènement marquant pour se faire connaitre. Et pourquoi pas un concert dans le métro ? C'est donc à République que Téléphone s'arrête. Dans les couloirs, c'est l'émeute ! Mais le show est unique... brulant... beau ! Il faut se mettre dans la peau des ados du moment, pour comprendre que Téléphone arrive dans une période très creuse pour le rock français. C'est quasiment le néant. A part Starshooter, Trust et Bijou, le seul qui fait du rock pur et dur, c'est Higelin. Pour le reste, on a les artistes des sixties (qui continuent leur chemin dans un style "yéyé" qui vieillit) et... du disco ! Les semaines passent et Téléphone assure les premières partie du groupe punk anglais Eddie & The Hot Rods (en service depuis 1975), à qui il vole la vedette. Par la suite, les quatres potes remplacent au pied levé Blondie pendant le concert de Television à... l'Olympia de Paris ! Un 45 tours est rapidement enregistré, "Hygiaphone" et "Métro c'est trop" sont les deux titres présents dessus. Ce 45 tours est distribué à la sortie des concerts, un classique pour les groupes auto-produits.
"Téléphone":
Toujours en 1977, en août, Pathé-Marconi propose un contrat à ce quatuor plus que prometteur. Téléphone signe pour trois albums. Le premier, très influencé par les Who et les Stones, est enregistré à Londres au Studio Eden. Le producteur est celui des Sex Pistols, Mike Thorme. Rien n'est trop beau pour nos petits Français à qui il faut tout donner car le succès est là et la maison de disque le sait. Une passion se cache dans les coeurs d'ados révoltés par des parents has-been. Il leur faut un exutoir. Et le quatuor va leur fournir un moyen de se défouler. "Téléphone" est le nom de ce premier 33 tours qui sort le 25 novembre 1977, un an après leur premier concert. Une tournée Française, un concert devant 6000 personnes à l'Hippodrome de Pantin à Paris... et voilà que Téléphone entre tout droit dans le top 50 ! Le disque devient n°1 en février 1978. Le groupe dépasse tous ses concurents: Bijou et Starshooter ne sont pas épargnés !
"Crache ton venin":
C'est au début de l'année 1979 que sort le second album. "Crache ton venin" est enregistré, lui aussi, à Londres. La pochette est signée Jean-Baptiste Mondino, photographe très apprécié dans le monde du rock (recemment censuré avec l'affiche "J'accuse" pour la tournée de Saez). Une pochette déjà "choc" pour l'époque. "Crache ton venin" se vend à plus de 600 000 exemplaires. Pour la suite, Jean-Marie Perier consacre un film au groupe: "Téléphone public". Le film est enregistré le 7 juin au Palais des Sports de Paris. Semptembre: 100 000 personnes sont au rendez-vous pour assister au concert de Téléphone lors de la fête de l'humanité. Une grande première en France.
"Au coeur de la nuit":
1980, nouvel album et nouveau succès. "Au coeur de la nuit" est enregistré à Paris et New-York et comporte le titre "Argent trop cher". Le 45 tours fait un carton en France et même outre-manche, bénéficiant d'une traduction anglaise ! Arrive 1981 et une tournée gigantesque pour Téléphone, puis le concert du 10 juin place de la République pour fêter la victoire de Mitterrand aux élections de mai.
"Dure Limite":
En juin 1982 sort "Dure limite", avec plusieurs titres signés Jean-Louis Aubert, un titre de Corinne Marienneau "Le chat" et le magnifique "Cendrillon" de Louis Bertignac. "Dure limite" à franchir ? Pas vraiment. L'album dépasse les précédents scores de ventes. 700 000 exemplaires seront écoulés. Preuve d'une belle notoriété dans le monde du rock, les Rolling Stones invitent le groupe pour leur première partie le 14 juin 1982 avec un bel acceuil du public (80 000 personnes), malgré des problèmes de son. S'ensuit une nouvelle tournée pour le groupe. On estime à 145 000 le nombre de spectateurs ayant assister à cette tournée. Pourtant déjà, les rumeurs de séparations circulent.
"Un autre monde":
En 1984, Téléphone sort "Un autre monde", mettant fin à ces bruits. La sérénité est de retour. "New-York avec toi" est un succès colossal. Téléphone repart, une fois de plus, sur les routes de France pour une énorme tournée. Mais l'ambiance semble se dégrader petit à petit. Début 1985, le groupe sort le single "Le jour s'est levé" pour faire patienter les fans. Un nouvel album est en préparation. Mais les membres du groupe aspirent à des carrières solo. Après 9 ans de collaboration, la bande à Aubert est sur le point de se séparer. Corine Marienneau a déjà signé des textes pour la B.O de "Subway" de Luc Besson, Richard a monté son propre label et Jean-Louis chante avec "Chanteurs sans Frontières" pour l'Ethiopie. Chacun s'éloigne de plus en plus de Téléphone.
Split:
1986, le 21 avril. Une nouvelle tombe et frappe les fans en plein coeur ! Corine, Louis, Richard et Jean-Louis annoncent leur séparation. Durant les années 90, chacun va se consacrer à sa carrière solo avec plus ou moins de réussite. Le seul que l'on voit un peu partout, c'est Jean-Louis Aubert. Louis Bertignac se fait un peu plus discret mais continu à tourner avec Richard Kolinka et Corine Marienneau retombe dans l'anonymat. Pourtant, il arrive au groupe de se reconstituer de temps en temps, entre potes. Mais il subsiste encore des tensions entre Corine et Jean-Louis. Louis Bertignac les qualifie de "quasiment inexplicables".
Vers une reformation ?:
Récemment, Louis Bertignac et Jean-Louis Aubert se sont retrouvés plusieurs fois. Exemple avec l'Olympia en 2005 où Jean-Louis Aubert monte jouer quelques morceaux avec Louis Bertignac, ou encore au Téléthon de cette même année. Le 2 décembre 2006, Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka se retrouvent sur le plateau de Taratata sur France 2 pour jouer ensemble "Ca (c'est vraiment toi)". Le sourire est accroché aux lèvres des trois musiciens pendant toute la chanson. Un vrai bonheur pour le public déchainé et pour toute une génération de fans. Même les plus jeunes, qui n'ont pourtant pas connu les débuts du groupe, sont aux anges. On songe à une belle reformation de Téléphone.
Le 8 avril 2008, lors d'une interview, Jean-Louis Aubert affirme qu'il est d'accord pour une reformation mais précise: "Je veux que ça se fasse dans le plaisir". Il ajoute, "Ce n'est pas refaire qui m'intéresse, mais faire des nouvelles chansons".
Affaire à suivre !





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